Depuis que j’ai une connexion internet, ce qui fait déjà un certain temps maintenant, j’ai fréquenté un certains nombre de communautés en ligne : des chats, des forums, des jeux, des MMORPG, des BBS, Facebook, Twitter. Toutes ces communautés, depuis la préhistoire de l’internet ont un point commun : il y a toujours eu des gens pour partir en faisant le plus de bruit possible.
De “/kickban myslef you assholes” à “J’ai dit adieu à mes 6500 followers …” de Nicolas Delesalle, qui récidive donc après avoir déjà dit adieu à Facebook 3 mois plus tôt en cumulant de ce fait l’absence d’originalité de sa démarche dans l’absolu à celle de sa démarche journalistique, ce phénomène n’est qu’une redite d’un grand classique “Si vous ne me retenez pas je m’en vais !”, “Vous serez bien tristes quand je ne serai plus là” … ou toute autre phrase bien sentie teintée de la verve poignante que pouvait avoir votre petite soeur de 14 ans en montant claquer (très fort) la porte sa chambre … ou qui en fait une chanson quand elle est célèbre :
(désolé, j’ai pas pu m’empêcher)
C’est puéril. Le monde ne s’arrête pas de tourner parce qu’on est parti s’enfermer dans sa chambre, drapé dans sa dignité. Et contrairement à une maman bienveillante qui venait rechercher la malheureuse avec un thé bien chaud (je caricature à peine), le monde en général s’en fiche de ceux qui partent. Nombre d’entre ceux qui restent savent fort bien qu’il suffit d’attendre gentiment assis dans le canapé, que la petite soeur blessée descendra tôt ou tard.
Le nombre de fois ou j’ai vu des joueurs se lancer dans une distribution de leur équipement à grand coups de “j’arrête, je vais retrouver une vraie vie” (vous me voyez venir hein ?) et qui revenaient quelques semaines plus tard et demandaient à leur guilde de leur prêter du matériel. Encore ceux-là étaient-ils assez intelligents pour ne pas effacer leur compte et perdre leur personnage, leur nom, leur pseudo ….
Je ne compte plus non plus le nombre de comptes Facebook supprimés et recréés dans les 15 jours ou les gens que j’ai déjà vu revenir 4 ou 5 fois dans mes followers Twitter après leur départ.
Il existe pourtant un truc si simple : quand on n’a plus envie plus envie d’aller pendant un moment sur un réseau ou un autre pour l’une ou l’autre raison, il suffit de ne plus y aller ! Désactiver ses notifications d’une part, c’est ne plus recevoir d’email incitant à venir voir ce qu’il s’y passe, ensuite ne pas se connecter, il n’y a rien de plus simple à faire. Quand bien même il n’y aurait pas de retour : paix à ton âme digitale camarade, je prends une seconde pour penser à un bon tweet de toi et je te laisse : j’ai de nouveaux lolcat à voir sur Youcat.
Mais surtout que l’on arrête de ma parler lors de tous ces départs (je vous l’avais dit que vous me voyiez venir) d’un “retour à la vraie vie”, de “se concentrer sur les gens vraiment importants”, d’être libéré du devoir qu’était l’obligation de “devoir vérifier ses mentions dès le lever”.
Les gens ne sont pas plus “vrai” parce qu’on les a au téléphone ou en face de soi, ils ont tout autant la possibilité de nous raconter n’importe quoi qu’en ligne; les gens ont l’importance qu’on leur donne, qu’ils soient en ligne ou à côté de nous dans le bus; et le fait de devoir vérifier ses mentions dès le lever, s’il ne relève pas d’un pathologie quelconque, sera probablement l’élément le plus révélateur de cette volée de prétextes vaseux de ce que nous avons réellement sous les yeux : le besoin d’attention. Comme la petite soeur qui claque la porte (très fort), cela sert juste à attirer l’attention sur soi, ça ne sert à rien et l’on a, au final, l’air un peu con quand on revient.
Epargnez-nous donc ça, épargnez-vous donc ça, les vraies grandes sorties se font en silence.